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Patrimoine culturel : le Mali engage une nouvelle stratégie pour la restitution de ses biens

Ndaarnews ·

Présentée le 15 octobre à Bamako par le ministre Mamou Daffé, cette démarche repose sur cinq axes prioritaires et vise à renforcer la coopération internationale, tout en préparant le Musée national à accueillir les œuvres restituées.

La restitution des biens culturels maliens conservés à l’étranger franchit une nouvelle étape. Le jeudi 15 octobre 2026, la salle Fodé Kouyaté du Centre international de conférences de Bamako (CICB) a accueilli une conférence de presse consacrée à la présentation de la stratégie nationale de restitution des biens culturels. Présidée par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, la rencontre a réuni des professionnels des médias, des membres de la Commission de restitution et plusieurs acteurs du monde culturel.

Cette initiative s’inscrit dans la dynamique de revitalisation du Musée national du Mali et vise à structurer les démarches destinées à retrouver, identifier et rapatrier les biens culturels maliens dispersés hors du territoire national. Elle entend également renforcer les capacités du pays à préserver et à valoriser un patrimoine qui constitue une composante essentielle de son histoire et de son identité.

La stratégie présentée par le département chargé de la Culture s’articule autour de cinq axes majeurs. Le premier porte sur la mise en place d’une commission dédiée à la restitution des biens culturels du Mali. Le deuxième concerne la communication et le plaidoyer, indispensables pour mobiliser les partenaires et sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale.

Le troisième axe vise la recherche, l’identification et l’inventaire des biens culturels concernés. Le quatrième privilégie la négociation, en s’appuyant sur des instruments institutionnels, scientifiques et juridiques, ainsi que sur les dispositions nécessaires au transport des œuvres. Enfin, le cinquième axe prévoit la construction d’un espace d’exposition répondant aux normes requises pour accueillir les biens restitués.

À travers cette approche, les autorités culturelles entendent inscrire le processus dans un cadre organisé, fondé sur la connaissance scientifique des collections, la mobilisation des instruments juridiques appropriés et le dialogue avec les institutions détentrices des œuvres.

Prenant la parole, le directeur du Musée national du Mali, le Dr Daouda Keïta, a souligné l’importance de redynamiser les travaux de la Commission de restitution afin de donner une nouvelle impulsion aux démarches engagées.

Il a rappelé que des biens culturels maliens ont quitté le territoire national dans des circonstances diverses, notamment à la suite de vols, sans autorisation ou sous la contrainte. Ces situations soulèvent des questions relatives à la provenance des œuvres, aux conditions de leur acquisition et aux procédures susceptibles de permettre leur retour.

L’identification précise des biens concernés, la constitution de dossiers documentés et la mobilisation des mécanismes institutionnels et juridiques apparaissent ainsi comme des étapes déterminantes pour faire progresser les demandes de restitution.

La nouvelle dynamique engagée sous l’impulsion du ministre Mamou Daffé a déjà enregistré une avancée présentée lors de la rencontre : la donation de 223 biens culturels maliens par un duc allemand.

Cette donation constitue un signal concret dans le processus de retour des biens culturels. Elle met également en lumière l’importance des démarches diplomatiques, des partenariats et du dialogue avec les détenteurs de collections à l’étranger.

La présentation de cette avancée ne dispense toutefois pas de poursuivre les travaux d’identification, de documentation et de traçabilité nécessaires à la gestion durable des biens concernés et à la conduite des autres dossiers de restitution.

Dans son intervention, le ministre Mamou Daffé a inscrit cette initiative dans le processus de refondation du pays. Il a insisté sur la nécessité de valoriser les cultures endogènes et de préserver le patrimoine national au bénéfice des générations présentes et futures.

Le ministre a également tenu à préciser que la démarche ne constitue pas une rupture avec les autres pays. Elle vise plutôt à consolider le dialogue et à développer de nouvelles collaborations avec les grands musées du monde, afin de favoriser des solutions concertées autour du retour des biens culturels maliens.

Les échanges avec les interlocuteurs concernés doivent se poursuivre à partir du mois de novembre, selon les indications communiquées lors de la conférence. Cette phase devrait permettre de faire avancer les discussions et de faciliter les démarches nécessaires à la restitution des œuvres.

Parallèlement aux négociations, le Musée national du Mali se prépare à accueillir les biens susceptibles d’être restitués, dans des conditions adaptées à leur conservation et à leur mise en valeur. Cette préparation constitue un enjeu majeur, car le retour des œuvres implique des exigences en matière de sécurité, de préservation, de documentation et d’exposition.

Au-delà du rapatriement matériel, l’objectif est de permettre aux populations, aux chercheurs, aux étudiants et aux visiteurs d’accéder à des éléments significatifs de l’histoire nationale, dans un cadre muséal répondant aux exigences professionnelles.

La stratégie de restitution s’inscrit dans la vision du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, en faveur du renforcement de la souveraineté culturelle et de la valorisation du patrimoine historique. Elle est également présentée comme cohérente avec la Vision Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma et la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable (SNEDD 2024-2033).

Pour le Mali, la restitution des biens culturels dépasse ainsi la seule question du retour des objets. Elle renvoie à la préservation de la mémoire collective, à la reconnaissance de l’histoire du pays et à la transmission de son héritage aux générations futures.

La réussite de cette démarche dépendra notamment de la rigueur des recherches, de la solidité des dossiers constitués, de la continuité des négociations internationales et de la capacité des institutions nationales à conserver et à valoriser les œuvres récupérées. Autant de conditions indispensables pour inscrire durablement la restitution au cœur de la politique de sauvegarde du patrimoine culturel malien.

BOUBACAR SANOGO

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