Liberté de la presse en période d’exception : Le procureur Touré claque les doigts
drissa Hamidou Touré, procureur de la République près le tribunal de grande instance de la Commune IV du district de Bamako
Alors que les débats sur l’équilibre entre liberté de la presse, sécurité nationale et cohésion sociale occupent une place centrale dans les discussions publiques au Mali, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de la Commune IV du District de Bamako, Elhadj Idrissa Hamidou Touré saisit l’occasion du Forum panafricain des médias pour prôner une approche fondée sur la responsabilité et la préservation des intérêts supérieurs de la Nation.
À l’occasion du Forum panafricain des médias, la réplique du Procureur Elhadj Idrissa Hamidou Touré, a tenu en haleine les participants sur la liberté de la presse dans un contexte de crise sécuritaire, face aux préoccupations exprimées par certains professionnels des médias sur l’état de la liberté d’expression au Mali.
Les propos du magistrat relancent ainsi la réflexion sur les limites de l’expression médiatique en période de crise et sur la responsabilité des acteurs de l’information dans la préservation de la stabilité du pays. En effet, le procureur a réaffirmé son attachement aux principes démocratiques. « Je suis un républicain. Je m’inscris absolument pour la liberté de la presse, pour la liberté d’expression », a-t-il déclaré devant les participants.
Cependant, il a rapidement nuancé son propos en rappelant le contexte particulier que traverse le Mali. Selon lui, le pays est confronté à des menaces multiples qui exigent une mobilisation de tous les acteurs, y compris les médias. « Quand l’unité nationale, l’intégrité territoriale, la cohésion sociale sont en jeu, il faut voir au-delà des considérations professionnelles, au-delà des considérations idéologiques. Il faut voir le péril imminent », a-t-il insisté.
Pour Elhadj Idrissa Hamidou Touré, les périodes d’exception imposent des sacrifices temporaires afin de préserver l’essentiel. Le magistrat a notamment évoqué l’expérience douloureuse des régions du Nord occupées en 2012 pour illustrer les conséquences d’une dégradation de la situation sécuritaire.
« En période normale, il faut absolument s’exprimer. Mais en période d’exception, quand vous êtes sur le point de ne même plus pouvoir vous exprimer librement, il faut mesurer les enjeux. Croyez-moi, si jamais on arrive à prendre le dessus sur nous, la profession de journaliste n’existerait plus », a-t-il averti.
Revenant sur les travaux de révision des textes de la presse auxquels il avait participé à Ségou en 2021, le procureur a rappelé l’importance du sens de la responsabilité dans l’exercice du métier de journaliste. « Le sens de la responsabilité implique, en période de crise, de mettre en hibernation certains droits jusqu’à ce que la situation revienne normale », a-t-il affirmé.
Dans son intervention, le magistrat a également établi un parallèle avec d’autres pays de la sous-région confrontés à des tensions politiques. Évoquant le cas du Sénégal, il a mis en garde contre les risques liés à l’instabilité. « Ils jouent avec le feu, ils ne savent même pas. Ils n’ont qu’à venir nous demander, nous. On sait ce que c’est l’instabilité. L’instabilité politique engendre l’instabilité sociale », a-t-il soutenu.
Sans remettre en cause le rôle fondamental de la presse, Elhadj Idrissa Hamidou Touré a appelé les professionnels des médias à faire preuve de discernement dans le traitement de certaines questions sensibles. « Je ne dis pas que les journalistes ne doivent pas s’exprimer. Non. Mais je dis : sachez quoi écrire. Sachez quoi dire. Tout ce qui peut toucher à l’intégrité du territoire, à la cohésion sociale ou à l’unité nationale, faites attention à cela », a-t-il conseillé.
Abordant la question des poursuites judiciaires visant parfois des journalistes, le procureur a tenu à relativiser les accusations de répression systématique. Il a assuré que les mesures privatives de liberté à l’encontre des professionnels des médias demeurent exceptionnelles dans sa juridiction. « Rarement j’ai mis un journaliste en prison, rarement. Même en garde à vue. Ce n’est pas parce que je vous aime que je le fais », a-t-il conclu, sous les regards attentifs des participants au forum.
Cyril Roc DACK
