NationPolitique

AES : Dans les coulisses de la visite d’Assimi Goïta à Niamey

Ndaarnews ·

Accueil fraternel, échanges au sommet, fermeté contre le terrorisme et ambitions économiques communes. Ce jeudi 5 novembre 2026, la capitale nigérienne a été le théâtre d’une nouvelle démonstration de proximité entre Bamako et Niamey. En déplacement officiel chez son homologue Abdourahamane Tiani, le Président de la Transition malienne, le Général d’Armée Assimi Goïta, a réaffirmé la détermination des deux pays à consolider la Confédération des États du Sahel (AES), dans un contexte régional où les enjeux sécuritaires et de souveraineté restent considérables.

À Niamey, ce jeudi 5 novembre, l’atmosphère est à la fraternité. Sur invitation du Président nigérien, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, son homologue malien, le Général d’Armée Assimi Goïta, foule le sol nigérien pour une visite officielle placée sous le signe de la solidarité sahélienne. À l’accueil, les deux chefs d’État affichent une proximité qui dépasse le simple cérémonial diplomatique. Les gestes protocolaires et les marques de considération traduisent une volonté politique : celle de maintenir un axe Bamako-Niamey solide au sein de l’espace confédéral.

Le communiqué conjoint publié à l’issue de la rencontre insiste sur « l’esprit fraternel qui caractérise les relations séculaires et privilégiées entre les peuples des deux pays ». Une formule diplomatique qui renvoie à une réalité politique : face aux difficultés communes, le Mali et le Niger entendent privilégier la concertation et l’action collective.

Cette visite n’est donc pas un simple déplacement de courtoisie. Elle s’inscrit dans « la tradition d’échanges et de consultations entre États frères et voisins ». Derrière les poignées de main et les déclarations officielles, c’est l’avenir de la coopération bilatérale et, plus largement, celui de l’AES qui se dessine.

La sécurité au centre des discussions

Après l’accueil officiel, place aux échanges. Les deux présidents commencent par un entretien en tête-à-tête, avant de poursuivre les discussions avec les membres de leurs délégations respectives. Autour de la table, les sujets sont nombreux, mais une question domine : la sécurité dans l’espace confédéral.

Le terrorisme reste l’une des préoccupations majeures des autorités maliennes et nigériennes. Les deux pays, confrontés à des menaces qui ignorent les frontières, savent que leur réponse ne peut être exclusivement nationale. La coordination des opérations et la mutualisation des capacités constituent désormais des enjeux centraux.

Au cours de leurs échanges, les deux chefs d’État ont ainsi examiné les défis auxquels sont confrontés les pays de l’AES, tout en faisant le point sur les avancées enregistrées dans les domaines de la Défense et de la Sécurité, de la Diplomatie et du Développement. Le communiqué conjoint souligne leur satisfaction concernant les actions de la Force unifiée de la Confédération, qui ont permis « d’engranger des succès dans le domaine de la lutte contre le terrorisme ».

Derrière cette appréciation, une ambition se précise : faire de la coopération militaire un instrument déterminant de la sécurisation de l’espace sahélien. Les deux dirigeants réaffirment ainsi leur engagement à poursuivre la consolidation de l’AES et à renforcer les mécanismes de défense collective.

La guerre contre le terrorisme a aussi son lourd tribut humain. À Niamey, les deux présidents n’ont pas occulté cette réalité. Ils ont rendu hommage aux militaires et aux civils tombés dans le combat contre les groupes terroristes.

Le communiqué conjoint rapporte qu’ils ont « salué la mémoire des martyrs militaires et civils » et formulé des vœux de prompt rétablissement aux blessés. Un passage qui donne une dimension humaine à cette rencontre au sommet. Derrière les stratégies militaires, les opérations et les décisions politiques, ce sont des vies perdues, des familles éprouvées et des populations confrontées quotidiennement à l’insécurité.

Les deux dirigeants ont également réaffirmé leur « ferme détermination à éradiquer le terrorisme dans l’espace confédéral sous toutes ses formes ». Une déclaration qui ne laisse guère de place à l’ambiguïté sur la priorité accordée à la sécurité.

La souveraineté

Dans les discussions, la question sécuritaire s’est également mêlée à celle de la souveraineté des États. Les deux chefs d’État ont condamné « les vaines tentatives de déstabilisation des États de la Confédération par des mercenaires et leurs sponsors étatiques étrangers ».

Cette formulation, particulièrement ferme, traduit la convergence de vues entre Bamako et Niamey sur les menaces qu’ils estiment peser sur leurs pays. Elle confirme également leur volonté de défendre une position commune face aux ingérences et aux tentatives de déstabilisation dénoncées par les autorités de la Confédération.

Sur le terrain diplomatique, les deux présidents ont salué les résultats de leur coordination, qui a contribué à « renforcer la position de la Confédération en tant qu’entité au niveau sous-régional, régional et international ». L’AES entend donc parler d’une seule voix et affirmer progressivement son poids dans les relations internationales. À Niamey, cette dimension diplomatique apparaît comme le prolongement naturel de la coopération sécuritaire.

Au-delà des armes, le défi du développement

Mais le Sahel ne se résume pas aux opérations militaires. Dans les échanges entre Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani, les préoccupations économiques et sociales ont également occupé une place importante. Les deux dirigeants ont passé en revue la situation socio-économique de l’espace confédéral. Ils ont notamment salué les actions engagées pour coordonner les politiques et les programmes de développement en fonction des attentes des populations.

La libre circulation des personnes et des biens figure parmi les priorités. À cela s’ajoutent la réalisation d’infrastructures de transport, le développement agro-industriel et l’exploitation des ressources énergétiques et minières. Autant de chantiers qui renvoient à une ambition plus large : faire de l’intégration sahélienne un véritable levier de transformation économique. Car, au-delà de la sécurisation des territoires, les populations attendent des résultats tangibles sur les routes, dans les échanges commerciaux, l’emploi et l’accès aux ressources.

Dans cette perspective, les deux chefs d’État ont salué « la résilience des vaillantes populations du Sahel face aux différents défis que connaît l’espace confédéral ». Une reconnaissance du rôle des populations dans la résistance aux crises et dans la construction du projet confédéral.

Prochaine étape

La visite s’achève sur des remerciements réciproques. Abdourahamane Tiani exprime sa gratitude à son « frère et homologue du Mali » pour sa présence au Niger. Assimi Goïta, de son côté, remercie le président nigérien pour l’accueil chaleureux et fraternel réservé à sa délégation. Mais le rendez-vous de Niamey ouvre déjà la perspective d’une nouvelle rencontre.

Avant de prendre congé de son hôte, le chef de l’État malien l’a invité à effectuer une visite officielle au Mali. Une invitation acceptée avec gratitude par Abdourahamane Tiani. La date sera fixée par voie diplomatique. Ainsi, au-delà des images officielles et des déclarations protocolaires, cette visite aura permis de réaffirmer une convergence politique et stratégique entre les deux pays. Sécurité, diplomatie, souveraineté et développement : les dossiers sont nombreux et les défis restent importants.

À Niamey, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani ont surtout voulu montrer que le rapprochement entre Bamako et Niamey ne relève pas d’une simple solidarité de circonstance. Il constitue l’un des ressorts essentiels de la dynamique confédérale. Reste désormais à traduire cette volonté commune en résultats durables sur le terrain, au bénéfice des États et des populations du Sahel.

Cyril Roc DACK / Icimali.com

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *