CRISE SÉCURITAIRE MALIENNE : EN DÉPIT DES EXPLOITS DES FAMA À QUAND LE BOUT DU TUNEL ?
De 2012 à nos jours, il y a eu assez de larmes versés, trop de sang fait couler, trop de bavures et de dégâts matériels causés à la suite de la crise sécuritaire que traverse encore le Mali. Une crise destructive, sanglante et meurtrière sans précédent dans son Histoire et qui reste de plus en plus préoccupante et pesante à bien d’égards. Une crise qui, dès après son éclatement, s’est soldée par un tourbillon ayant secoué le pays dans tous ses fondements. Tant au plan sécuritaire que sociopolitique et économique, le pays a été frappé de plein fouet. Cela, dans toutes ses articulations, tous ses secteurs d’activités, dans toutes ses dimensions (sociopolitiques et diplomatiques). Sa stabilité interne et son intégrité territoriale ont été remises en cause. Tous les symboles de l’État ont été violés.
Une rétrospective de ndaarnews.com
Partie de l’irrédentisme touarègue mené par le mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), cette revendication indépendantiste s’est vite transformée en une crise multidimensionnelle qui, au finish, s’est répandue sur la quasi-totalité du territoire national. Aujourd’hui, il n’y a pas une seule de ses Régions où le problème d’insécurité et de terrorisme n’est pas ressenti et où l’on se sent entièrement à l’abri d’attaques et de criminalité. Du Nord au Sud en passant par le Centre jusqu’à l’Ouest et dans la capitale, Bamako, dans chaque Région il y a des foyers de tensions meurtriers, des cas d’agressions armées, d’atteinte aux Droits humains, aux biens publics et privés, de prise d’otages, de trafic de drogues, de circulation d’armes légères et de détention illégale de munitions. Cette crise déclenchée dans le Nord, très loin de Bamako, s’est enlisée jusqu’aux hauteurs de Koulouba, dans les enceintes et à l’intérieur du palais présidentiel en devenant gangreneuse à l’échelle nationale. Avec les attaques contre le camp de Soundiata Kéïta de Kati, contre l’école de la gendarmerie de Faladié, au cœur de la capitale, l’enlèvement du Khalife Général de la confrérie Tidiania de Nioro du Sahel et tant d’autres cas graves, chacun de nous doit savoir voir désormais le midi à sa porte. Quoi qu’on dise ou qu’on annonce en termes de dispositifs sécuritaires, c’est la vigilance qui doit être de mise à tout moment, en tout lieu et en toute circonstance. En effet, de janvier 2012 au mois de décembre 2024, beaucoup d’actes agressifs et de sabotages ont été commis. En clair, disons que trop de sang d’innocents a coulé sur le sol malien à cause de ces actes d’insécurité persistants avec des poches de résistance plus ou moins désespérées signalées de çà et là. Cela, tant du côté des populations civiles que des forces armées et de sécurité nationales et étrangères. Pour la petite histoire, rappelons que ce fut un 17 janvier 2012 que le doigt a été mis sur la gâchette. Ce jour-là, un groupuscule de rebelles du mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) affilié au mouvement salafiste Ansar Eddine a ouvert la boîte de pandore. Et ce sera le déclenchement de la cinquième rébellion touarègue contre la patrie mère, depuis l’accession du Mali à son Indépendance nationale. Étant donné que les oiseaux de même plumage s’assemblent, les Rebelles touarègues et les groupes terroristes (de retour de la Libye et de l’Algérie avec armes et bagages) signent l’alliance contre les troupes loyalistes maliens à l’époque moins équipés et au plan salarial moins motivés qu’eux. L’occasion créant le larron, c’est le redoutable mouvement terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) qui deviendra de facto leur troisième allié. Et c’est par la suite que le mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) va intégrer à son tour le front avec force. Ce qui fera tomber, à l’issue du premier round, les villes d’Aguel ’hoc, de Ménaka et de Tessalit. Ici à Bamako, en mars 2012, un groupe de mutins s’en prend aux autorités nationales. Ils renversent le Régime d’ATT et le mur des Forces armées maliennes (FAMA) se fissure et lézarda. Au lieu de faire face à l’ennemi de la Nation, c’est la guerre des bérets (rouges et verts) avec des scènes de violences macabres entre les garnisons militaires de Kati et de Djikoroni-para. C’était devenu à l’époque une autre source d’insécurité terrible à travers les quartiers de Bamako et Kati tandis que, dans le Nord du pays, des villes et garnisons militaires tombaient les unes après autres aux mains des troupes rebelles et leurs alliés terroristes qui progressaient aussi vers les Régions du Centre et du Sud-est du pays. Début avril, précisément le 6 du mois, les villes de Kidal, Tombouctou et Gao sont occupées par le MNLA qui y proclama l’Indépendance de l’Azawad. Le bilan du combat fait état des milliers de victimes dont des morts, des blessés graves, des portés disparus, des déplacés internes et des réfugiés dans les pays limitrophes (Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Algérie). Leur affiliation étant perçue comme une alliance contre nature, la rébellion indépendantiste et les groupes ‘’djihadistes’’ signent aussitôt le divorce. Entre juin et novembre 2012, les affrontements armés pèsent contre le MNLA vaincu et dépossédé des villes stratégiques de Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka tombées sous le contrôle des terroristes. Avec Bamako, s’établira une tentative de dialogue. Mais, fin 2012, c’est la rupture des négociations. Début 2013, les groupes terroristes, lourdement armés et forts des positions tenues dans presque tout le Grand Nord, importent le conflit armé dans les Régions de Mopti et de Ségou, toutes relevant du Centre du pays. Vu l’allure avec laquelle progressaient les assaillants, la communauté internationale manifeste sa solidarité au Mali. À la demande de Bamako, Paris déploie en catastrophe les troupes Serval. Une opération menée par des contingents élites français en compagnie de plusieurs autres troupes africaines et étrangères battant pavillon ‘’CÉDÉAO’’ et MISMA (rebaptisée MINUSMA). Malgré le climat d’insécurité et d’horreur qu’ils semaient dans le Nord du pays jusqu’au Centre, les groupes armés rebelles et terroristes perdront les bastions de Konna, Diabaly, Gao et Tombouctou. Ensuite, ce sont les Bases armées de Kidal et de Tigharghar qui seront démantelées par les troupes françaises et tchadiennes. Les groupes terroristes se sont repliés sur l’Adrar Tigharghar, dans les falaises de l’Adrar des Ifoghas. Les combattants rebelles et terroristes qui n’ont pas réussi à quitter la Région de Kidal libérée se livrent désespérément à des attentats et actes de sabotage aux engins explosifs et font régner dans toutes les Régions et localités du Nord un véritable climat d’insécurité exacerbée. En juin 2013, après moult tentatives de négociations, le Gouvernement de transition, sous la présidence du Professeur Dioncounda Traoré, signe un cessez-le-feu avec les groupes rebelles MNLA, HCUA et MAA. Ce qui aura permis à un retour momentané de certains services de l’Administration à Kidal et à la tenue des élections générales, les 28 juillet et 11 août 2013, dans le Nord où le phénomène d’insécurité régnait partout. Élections générales au sortir desquelles le candidat du parti RPM (ndlr/Rassemblement pour le Mali), Ibrahima Boubacar Kéïta dit IBK, sera élu avec 77,62% (taux jamais obtenu par un candidat démocratiquement élu au Mali) face à Soumaïla Cissé (22,38). Le 17 mai 2014, le jeune Premier Ministre Moussa Mara, à la tête d’une forte Délégation gouvernementale, a effectué une mission d’État dans le Nord du pays. Une mission qui a conduit et maintenu jusque-là encore le Mali entier dans la gueule du loup. C’est-à-dire, dans la même crise avec ses répercussions et dégâts collatéraux. Après plusieurs mois voire une année de combats meurtriers, le Président IBK et la rébellion touarègue signent, les 15 mai en Algérie et 20 juin 2015 au Mali, le fameux accord de paix d’Alger. Mais, les mouvements terroristes continuaient avec les attaques qu’ils perpétuaient partout dans les Régions du Nord, du Centre et jusque dans le Sud du pays. Le 20 novembre 2015, un groupe d’assaillants fait incursion dans les enceintes de l’Hôtel Radisson Blu de Bamako, cause 22 morts. Une attaque terroriste revendiquée par le groupe islamiste Al-Mourabitoune des redoutables chefs terroristes Abou Bakr Al-Nasr surnommé l’Egyptien (mort en avril 2014) et Mokhtar Belmokhtar dit le Borgne (lui aussi porté disparu depuis novembre 2016). À cette crise, viennent s’ajouter le conflit interethnique et l’implantation de la Katiba islamique, mouvement jihadiste d’Amadou Kouffa, sévissant dans la Région de Mopti. Notamment, entre les communautés peulh et dogon (appuyée par la confrérie des chasseurs traditionnels dogon). Ce qui provoqua, en mars 2019 et février 2020, les massacres du village d’Ogossagou, dans le cercle de Bankass, dans le Centre du pays, avec plusieurs centaines de tués, des cases, greniers et bétail tous calcinés. Dans l’espoir d’en finir avec les mouvements terroristes et rebelles, Bamako accepte un déploiement massif des troupes et forces étrangères sur son sol. Malheureusement, le but recherché n’a pas été atteint. L’espoir n’ayant pas été à la hauteur des attentes, au plan sécuritaire, les nouvelles autorités de la transition sollicitent et obtiennent le départ des troupes françaises, africaines et étrangères toutes confondues. Toutes les Bases militaires étrangères ont été démantelées et rétrocédées aux Forces Armées Maliennes (FAMA). Plus tard, sous l’égide des jeunes Officiers actuellement au pouvoir, la ville de Kidal et son mystérieux camp militaire ont été libérés à nouveau, le 14 novembre 2023. Cependant, les mouvements terroristes continuent avec leurs opérations sanglantes, meurtrières et dévastatrices mais désespérées. Dans le cadre du processus de restauration de l’intégrité territoriale nationale en général et pour la libération de la totalité de la Région de Kidal, les Forces armées et de sécurité nationales et leurs alliés russes ont tenté de démanteler la dernière bastion des groupes armés rebelles et terroristes coalisés de Tinzaouatène, située à la frontière du Mali avec l’Algérie. Le 14 novembre 2023, cette localité a été le théâtre d’un combat de rude épreuve entre l’armée malienne et les groupes terroristes et rebelles alliés appuyés, à leur tour, par une colonne de mercenaires ukrainiens. À l’image de l’attaque du 22 juillet 2022 contre le camp de Kati avec 8 morts, le 17 septembre 2024, c’est l’école de la Gendarmerie de Faladié, au cœur de Bamako, qui a été visée et sévèrement atteinte. En dépit de tous les exploits enregistrés sur le front grâce au réarmement matériel, technique et moral des troupes loyalistes sous la transition militaro-civile, le phénomène d’insécurité et de prises d’otages persiste. La dernière en date est celle du jeudi 26 décembre dernier, avec le rapt du Khalife Général de la confrérie tidjania du Mali, Thièrno Amadou Hady Tall de Nioro du Sahel. Comme ce fut le cas de feu Soumaïla Cissé de l’URD, kidnappé le 25 mars 2020 par la Katiba islamique de Macina qui l’a détenu pendant trois mois de captivité, le convoi du Khalife Amadou Hady Tall de Nioro du Sahel a été intercepté en pleine journée, dans sa Région, et emmené à une destination inconnue par un groupe d’individus non encore identifiés clairement. Au cours de son enlèvement, le khalife Général de Nioro aurait été blessé au niveau de l’un de ses membres inférieurs et il transféré dans un endroit tenu secret sur le territoire mauritanien. Le lundi 5 janvier 2025, Thièrno Amadou Hady Tall avait été donné pour mort par ses ravisseurs dans une vidéo devenue virale. Toutefois, aux dernières nouvelles, sur une audio devenue virale sur les réseaux sociaux, une source proche de sa famille a démenti cette annonce de sa mort. Enfin, le lundi 6 janvier 2025, aux environs des 22 heures, un groupe d’assaillants fait incursion dans la ville de Nioro du Sahel. Déployées en permanence sur le terrain, les forces armées et de sécurité ont riposté et les ont infligé une défaite cinglante avec une trentaine de terroristes tués. Étant donné que le cycle d’attaques sanglantes, de sabotages et de prises d’otages persiste dans presque toutes les Régions du pays, l’on est en droit de se demander à quand le retour définitif du climat de sécurité et de cohésion interne dans ce pays autrefois considéré comme un véritable havre de paix et de quiétude sociale ?
Habib Diallo
