Plusieurs points de blocage, flou sur la suite du cessez-le-feu… Ce que l’on sait de l’échec des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis au Pakistan
“Je pense que c’est une mauvaise nouvelle pour l’Iran”, a estimé le vice-président américain J.D. Vance. “Il était évident que nous ne devions pas nous attendre à trouver un accord en une seule session” de négociations, tempère le régime iranien.
Les deux ennemis n’ont pas trouvé de terrain d’entente. Après avoir convenu d’un cessez-le-feu de deux semaines, les Etats-Unis et l’Iran ont échoué à trouver un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, au terme de négociations qui ont duré vingt et une heures(Nouvelle fenêtre) au Pakistan, a annoncé le vice-président américain dimanche 12 avril à l’aube. J.D. Vance rentre aux Etats-Unis après avoir fait, selon lui, une “offre finale et la meilleure possible” à l’Iran.
“Je pense que c’est une mauvaise nouvelle pour l’Iran bien plus que ce ne l’est pour les Etats-Unis d’Amérique”, a estimé, lors d’une brève conférence de presse à Islamabad, celui qui a été chargé par Donald Trump de mener ces négociations. Franceinfo revient sur ces discussions inédites, qui ont bloqué sur “deux ou trois problèmes clés”, selon Téhéran.
Une rencontre historique et de longs échanges
Ces discussions, sous l’égide du Pakistan à Islamabad, constituaient en soi un événement : jamais Américains et Iraniens n’avaient négocié à un tel niveau depuis la Révolution islamique qui a renversé le régime du chah en 1979. “Cela témoigne de la volonté des deux parties de mettre fin à cette guerre”, a estimé dans le New York Times(Nouvelle fenêtre) Vali Nasr, professeur et spécialiste de l’Iran à l’université américaine Johns Hopkins.
Côté américain, J.D. Vance était accompagné par Steve Witkoff, l’émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, gendre du président américain. La délégation iranienne était pour sa part menée par son influent président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf. Il était accompagné du ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et d’une équipe de quelque 70 personnes.
La télévision d’Etat iranienne a fait état de deux sessions de négociations dans la journée de samedi. Une autre s’est tenue dans la soirée, d’après les informations fournies par la Maison Blanche. Selon le New York Times et le Washington Post(Nouvelle fenêtre), les échanges se sont poursuivis dans la nuit, avant de s’achever dimanche matin.
Les Etats-Unis déplorent l’absence de “promesse ferme” sur le nucléaire
C’est l’une des raisons avancées par Donald Trump pour justifier la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février : Téhéran doit renoncer à son programme d’armement nucléaire. Or, J.D. Vance a critiqué dimanche l’absence de “promesse ferme” de la République islamique en la matière lors des discussions.
“Nous avons besoin d’un engagement formel de leur part, par lequel ils ne chercheront pas à se doter d’une arme nucléaire et ne chercheront pas à se procurer les moyens qui leur permettraient d’en fabriquer une rapidement.”J.D. Vance, vice-président des Etats-Unis
lors d’une conférence de presse, dimanche
Si J.D. Vance n’a pas fait mention du détroit d’Ormuz, deux officiels iraniens interrogés par le New York Times affirment que les Etats-Unis ont également exigé la réouverture de ce passage stratégique pour le commerce mondial. Selon ces sources, Téhéran s’y refuse tant qu’un accord de paix définitif n’est pas signé. Le site d’information américain Axios(Nouvelle fenêtre), citant une source au fait des négociations, a rapporté que les désaccords portaient sur “la demande de l’Iran de contrôler le détroit d’Ormuz et son refus d’abandonner son stock d’uranium enrichi”.
Les Iraniens “ne sont clairement pas pressés de faire des concessions”, a constaté sur la chaîne américaine CNN(Nouvelle fenêtre) Aaron David Miller, ancien négociateur pour les Etats-Unis au Moyen-Orient. Il estime que Téhéran a encore des cartes à jouer : “Ils ont démontré une capacité terrifiante à saper la sécurité et la stabilité” dans la région.
L’Iran dénonce des “demandes déraisonnables”
De son côté, l’Iran déclare les Américains portent la responsabilité de l’échec des négociations. A l’issue des échanges, la télévision d’Etat a pointé, sur Telegram, des “demandes déraisonnables” des Etats-Unis. Ceux-ci “ne sont pas parvenus” à gagner la confiance des Iraniens pendant les négociations, a ajouté le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, sur X. Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baqaei, a, lui, dénoncé sur la télévision d’Etat “une atmosphère de suspicion et de méfiance”. Il a également évoqué “la complexité des problèmes et des conditions entourant les négociations”, estimant que les désaccords ont porté sur “deux ou trois problèmes clés”.
“Lors de ce cycle, de nouveaux sujets ont été ajoutés, notamment la question du détroit d’Ormuz et les dossiers régionaux, chacun avec ses propres conditions et considérations spécifiques.”Esmaeil Baqaei, porte-parole de la diplomatie iranienne
à la télévision d’Etat iranienne
Les officiels iraniens cités par le New York Times ajoutent que la délégation américaine a rejeté les demandes de réparations formulées par l’Iran pour compenser les destructions engendrées par les frappes aériennes. Ils soulignent également que les Etats-Unis refusent de débloquer 27 milliards de dollars (23 milliards d’euros) d’avoirs iraniens issus des revenus du pétrole et gelés à l’étranger dans le cadre des sanctions contre le régime.
“Il était évident dès le départ que nous ne devions pas nous attendre à trouver un accord en une seule session [de négociations]. Personne ne s’y attendait”, a nuancé Esmaeil Baqaei, le porte-parole de la diplomatie iranienne. Cité par le Washington Post, J.D. Vance a assuré que la délégation américaine était venue au Pakistan “en toute bonne foi” et s’était montrée “accommodante”.
La poursuite de la trêve et des pourparlers en suspens
Le Pakistan a rapidement appelé à ce que le cessez-le-feu de deux semaines, entré en vigueur mardi et censé durer jusqu’au 22 avril, reste observé. Personne, ni côté américain ni côté iranien, ne s’est exprimé sur la poursuite ou non de la trêve, la première dans la guerre déclenchée le 28 février par l’offensive américano-israélienne.
La porte paraît rester ouverte pour une reprise des discussions. “Nos contacts avec le Pakistan, ainsi que nos autres amis dans la région, se poursuivront”, a avancé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien. Islamabad va dans le même sens. Dans un communiqué publié sur X(Nouvelle fenêtre), le ministère des Affaires étrangères pakistanais promet de “continuer de jouer son rôle pour faciliter l’engagement et le dialogue entre la République islamique d’Iran et les Etats-Unis d’Amérique dans les jours à venir”.
Juste avant de remonter dans son avion, J.D. Vance a affirmé que les Iraniens disposaient d’une “proposition très simple. (…) Nous verrons s’ils l’acceptent“. Il assure qu’il s’agit de l’“offre finale” et “la meilleure possible”, de la part des Etats-Unis. Donald Trump ne s’est, lui, pas encore exprimé après l’échec des négociations. “Nous gagnons de toute manière, nous les avons vaincus militairement, avait-il déclaré samedi. Voyons ce qu’il va se passer. Mais de mon point de vue, je m’en fiche.”
